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Plagiocéphalie et torticolis du nourrisson : ce que dit la recherche sur l'ostéopathie pédiatrique

Publié le 20 juin 2026 · Nicolas Mildner, Ostéopathe D.O.

Un crâne légèrement aplati d'un côté, une tête qui tourne toujours dans la même direction — ces observations inquiètent souvent les parents dans les premières semaines de vie. Plagiocéphalie positionnelle et torticolis musculaire congénital font aujourd'hui l'objet d'un nombre croissant d'études. Ce que vingt ans de consultations pédiatriques m'ont appris, c'est que chaque nourrisson présente sa propre combinaison de tensions et de préférences posturales. Cet article fait le point sur ce que la recherche récente — essais contrôlés, méta-analyses, recommandations cliniques — nous apprend sur les approches manuelles, leurs limites, et la place des parents dans ce parcours.

Plagiocéphalie et torticolis : pourquoi ces deux situations sont-elles souvent liées ?

La plagiocéphalie positionnelle désigne un aplatissement localisé du crâne du nourrisson, lié à des pressions externes répétées sur une voûte crânienne encore malléable. Elle se distingue de la craniosténose — fusion prématurée d'une suture — qui relève d'un avis chirurgical. Le torticolis musculaire congénital, lui, correspond à une inclinaison latérale de la tête avec rotation vers le côté opposé, en lien avec un raccourcissement unilatéral du muscle sterno-cléido-mastoïdien.

Ces deux conditions surviennent souvent ensemble. La limitation de rotation cervicale amène le nourrisson à maintenir la tête tournée du même côté, exposant une zone crânienne à un appui prolongé. Inversement, un aplatissement déjà installé peut renforcer la préférence positionnelle. L'essai de Pastor-Pons et al. (2021) évalue précisément l'effet d'une thérapie manuelle sur la mobilité cervicale dans cette population où plagiocéphalie et torticolis coexistent. La synthèse d'Ellwood et al. (2020) analyse conjointement les interventions conservatrices pour ces deux conditions, tant elles sont cliniquement imbriquées.

Au cabinet, c'est souvent cette intrication qui frappe : un nourrisson consulte pour une « tête plate », et l'examen révèle une restriction de rotation cervicale que les parents n'avaient pas identifiée. Plusieurs facteurs de risque communs expliquent cette co-occurrence — position intra-utérine contrainte, prématurité, accouchement instrumenté, temps prolongé en position dorsale. L'essai randomisé du CHU de Montpellier (2025) a ciblé des nouveau-nés identifiés comme « à risque » dès la maternité, ce qui souligne que ces facteurs sont repérables très tôt.

Les guides de pratique clinique de l'APTA, dans leurs versions 2018 et 2024, recommandent que les nourrissons présentant un torticolis musculaire congénital soient orientés vers une prise en charge conservatrice dès que la condition est identifiée. Le guide de 2024 souligne que la mise en œuvre des recommandations du guide de 2013 a été associée à une amélioration des résultats cliniques. Si vous êtes à Paris 7ᵉ ou dans les arrondissements voisins, le cabinet est accessible pour une évaluation précoce, en coordination avec votre pédiatre.

Ostéopathie et plagiocéphalie : que disent les études ?

Plusieurs essais contrôlés randomisés récents ont exploré l'effet des approches manuelles et ostéopathiques sur les asymétries crâniennes et la mobilité cervicale du nourrisson. Le niveau de preuve progresse, même si la plupart des auteurs appellent à des échantillons plus larges et des protocoles mieux standardisés.

Un essai randomisé mené à l'hôpital Sant'Anna de Turin a comparé le traitement manipulatif ostéopathique à un toucher léger chez des nourrissons de un à six mois présentant une plagiocéphalie non synostotique. Les résultats suggèrent une réduction plus importante des asymétries crâniennes dans le groupe ostéopathique, ce qui semble indiquer un effet spécifique au-delà du simple contact manuel (Bagagiolo et al., 2022). Au CHU de Montpellier, un autre essai randomisé a évalué l'ostéopathie en prévention chez des nouveau-nés à risque, suivis dès la maternité. Cet essai n'a pas mis en évidence de différence significative sur la survenue de plagiocéphalies ou de brachycéphalies à quatre mois ; seule une tendance, non significative, vers un moindre nombre de formes sévères a été observée dans le groupe ostéopathique. L'effectif réduit — l'essai ayant été interrompu prématurément faute de recrutement suffisant — limite la portée de ces résultats, et les auteurs appellent à des études plus larges (Genelot et al., 2025).

Deux essais de la même équipe apportent des données sur la thérapie manuelle intégrative pédiatrique. Le premier, portant sur 34 nourrissons, a observé une réduction de l'asymétrie crânienne significativement plus marquée lorsque la thérapie manuelle était ajoutée à un programme d'éducation parentale, comparée à ce programme seul (Pastor-Pons et al., 2021). Le second, sur une population comparable, a mis en évidence un gain de mobilité cervicale en rotation également significatif dans le groupe recevant les techniques manuelles (Pastor-Pons et al., 2021). Ces résultats sont encourageants, mais le très faible effectif de ces essais incite à rester prudent quant à leur généralisation.

À plus grande échelle, une étude observationnelle portant sur 424 nourrissons traités en ostéopathie rapporte une amélioration des déformations crâniennes au fil des séances. Le caractère rétrospectif et l'absence de groupe contrôle limitent toutefois la portée de ces observations (Panza et al., 2024).

Côté synthèses, une méta-analyse de 2025 sur les traitements conservateurs du torticolis musculaire congénital conclut que les interventions manuelles et de kinésithérapie sont associées à des améliorations de la mobilité cervicale, tout en soulignant que la compréhension de leur efficacité relative reste limitée (Antares et al., 2025). Une méta-analyse de 2024 a examiné les techniques cranio-sacrées ostéopathiques, principalement chez l'adulte : elle n'a pas retrouvé d'effet significatif et conclut à un manque d'utilité clinique pour les indications étudiées (Amendolara et al., 2024). Ce résultat invite à distinguer nettement les approches manuelles évaluées spécifiquement chez le nourrisson, décrites plus haut, des techniques cranio-sacrées prises globalement, dont le bénéfice n'est pas démontré. La synthèse d'Ellwood et al. (2020) a examiné l'efficacité et la sécurité des interventions conservatrices pour ces deux conditions, sans que les données disponibles permettent de conclure fermement.

À quel âge consulter pour un torticolis ou une plagiocéphalie du nourrisson ?

Plusieurs travaux convergent pour suggérer que l'âge de début de la prise en charge pourrait influencer l'évolution. Les guides de l'APTA (2018 et 2024) insistent sur une orientation dès que le torticolis est identifié. Le guide de 2024 note que la mise en œuvre des recommandations antérieures a été associée à de meilleurs résultats cliniques.

L'essai du CHU de Montpellier a précisément testé cette logique de précocité, en intervenant dès la maternité chez des nouveau-nés à risque ; il n'a toutefois pas démontré de bénéfice significatif sur la survenue des déformations à quatre mois, seule une tendance non significative vers moins de formes sévères ayant été notée (Genelot et al., 2025). L'étude rétrospective de Panza et al. (2024) suggère pour sa part une évolution favorable chez les nourrissons pris en charge tôt, mais son caractère observationnel et l'absence de groupe contrôle en limitent la portée.

Les essais de Pastor-Pons et al. (2021) ont inclus des nourrissons de moins de 28 semaines, et l'essai de Turin des nourrissons de un à six mois. Ces fenêtres d'inclusion, bien que variables, pointent vers les premiers mois de vie comme une période où les approches conservatrices semblent pertinentes. La synthèse d'Ellwood et al. (2020) soutient globalement l'intérêt des approches conservatrices, sans que les données disponibles permettent de conclure fermement sur l'influence spécifique du moment d'initiation.

Concrètement, ces données suggèrent qu'une consultation précoce — dans les premières semaines suivant le repérage d'une asymétrie — pourrait favoriser les chances d'évolution favorable. Il ne s'agit pas de créer une urgence anxiogène, mais de souligner que la malléabilité des tissus du nourrisson constitue un atout dont il semble pertinent de tenir compte.

Quel rôle pour les parents dans la prise en charge ?

Les recommandations cliniques les plus récentes placent les parents au cœur du parcours. Les guides de l'APTA (2018 et 2024) recommandent une orientation précoce vers un kinésithérapeute, ce professionnel jouant un rôle de guide auprès des familles qui assurent la continuité des soins au quotidien.

Dans les essais de Pastor-Pons et al. (2021), le groupe contrôle bénéficiait d'un programme d'éducation parentale. Les données suggèrent que ce programme éducatif pourrait contribuer à lui seul à une amélioration de l'asymétrie crânienne. L'ajout de thérapie manuelle à ce programme est une piste étudiée, mais le bénéfice additionnel reste incertain à ce stade — ce qui ne diminue en rien l'intérêt de l'accompagnement parental, qui apparaît comme une composante essentielle quelle que soit l'approche retenue.

La méta-analyse de 2025 sur les traitements conservateurs du torticolis souligne que, bien qu'une gamme d'interventions soit couramment utilisée, la compréhension de l'efficacité relative de chaque composante reste limitée. En d'autres termes, on ne sait pas encore précisément ce qui, du repositionnement, des exercices ou de la thérapie manuelle, contribue le plus à l'amélioration — ce qui plaide pour une approche globale plutôt que pour le choix d'une modalité unique.

Quand un parent comprend pourquoi et comment varier les positions de son nourrisson, quelque chose change dans la façon dont il habite le quotidien avec son enfant. L'éducation parentale ne se limite pas à une liste de consignes : elle implique un accompagnement régulier pour vérifier la bonne réalisation des exercices et adapter le programme à l'évolution du nourrisson.

Sécurité et limites : ce que la recherche permet — et ne permet pas — de conclure

La question de la sécurité des interventions manuelles chez le nourrisson est naturellement prioritaire. Sur ce point, les données disponibles sont globalement rassurantes : aucun des essais récents ne rapporte d'événement indésirable grave attribué aux interventions manuelles. L'essai du CHU de Montpellier (2025) ne mentionne aucun effet indésirable, pas plus que les essais de thérapie manuelle intégrative de Pastor-Pons et al. (2021). L'étude rétrospective de Panza et al. (2024) va dans le même sens.

La revue de Carnes et al. (2018), consacrée aux nourrissons agités ou présentant des pleurs excessifs, ne signale pas d'effets secondaires sérieux liés aux interventions manuelles, bien que les auteurs soulignent que le recueil systématique des événements indésirables reste insuffisant dans de nombreuses études. La méta-analyse de 2025 sur le torticolis note également que la compréhension de la sécurité de ces approches demeure limitée.

Ces résultats doivent être interprétés avec prudence. L'hétérogénéité des techniques manuelles utilisées — thérapie manuelle intégrative, traitement manipulatif ostéopathique, techniques cranio-sacrées — rend les comparaisons entre études difficiles et constitue un obstacle à l'élaboration de recommandations précises, comme le souligne la synthèse d'Ellwood et al. (2020). Le suivi à long terme fait largement défaut : la plupart des essais mesurent les résultats sur quelques semaines à quelques mois, sans évaluation au-delà de la première année de vie.

Les approches conservatrices, quels que soient les résultats préliminaires, ne se substituent pas à un diagnostic médical rigoureux. L'ostéopathie s'inscrit dans un cadre complémentaire, en collaboration avec le pédiatre et, le cas échéant, le kinésithérapeute pédiatrique. Elle ne saurait remplacer une intervention chirurgicale lorsque celle-ci est indiquée. La recherche doit encore progresser — en taille d'échantillons, en standardisation des protocoles et en durée de suivi — pour asseoir ces observations sur des bases plus solides.

Les données actuelles dessinent un paysage encourageant mais encore incomplet. Les approches manuelles et ostéopathiques pourraient contribuer à l'évolution favorable des asymétries crâniennes et cervicales du nourrisson, dans un cadre conservateur et coordonné. Des questions restent ouvertes, et chaque situation demeure singulière — c'est précisément ce qui donne son sens à la consultation. Si vous avez des questions sur la situation de votre enfant, Nicolas Mildner, ostéopathe D.O. à Paris 7ᵉ, est joignable par téléphone au 01 42 02 11 18.

Pour en discuter, Nicolas Mildner, ostéopathe D.O. à Paris 7ᵉ, est joignable au 01 42 02 11 18 — rendez-vous uniquement par téléphone.

Questions fréquentes

Combien de séances d'ostéopathie pour une plagiocéphalie ?

Le nombre de séances dépend de chaque nourrisson — âge, degré d'asymétrie, présence ou non d'un torticolis associé. L'ostéopathe évalue l'évolution à chaque consultation et adapte le suivi en conséquence. Aucun protocole universel ne peut être fixé à l'avance.

Ostéopathe ou kinésithérapeute pour un torticolis du nourrisson ?

Les deux professionnels peuvent intervenir, avec des approches complémentaires. Le kinésithérapeute pédiatrique est recommandé par les guides de pratique clinique internationaux. L'ostéopathe peut s'inscrire dans ce parcours en coordination avec le pédiatre et le kinésithérapeute.

Plagiocéphalie légère : faut-il consulter ?

Même légère, une asymétrie crânienne mérite d'être évaluée pour écarter une cause non positionnelle. Les données disponibles suggèrent qu'une prise en charge précoce pourrait favoriser une évolution plus favorable.

À quel âge consulter pour un torticolis du nourrisson ?

Les recommandations cliniques préconisent une orientation dès que le torticolis est identifié, idéalement dans les premières semaines de vie. Plus la prise en charge est précoce, plus les tissus du nourrisson semblent réceptifs aux approches conservatrices.

L'ostéopathie crânienne est-elle sans risque pour un bébé ?

Les études disponibles ne rapportent pas d'événement indésirable grave lié aux techniques manuelles douces chez le nourrisson. Toutefois, le recueil systématique des effets secondaires reste insuffisant dans la littérature. L'ostéopathe évalue chaque situation et oriente vers un médecin si nécessaire.

Que peuvent faire les parents à la maison pour la plagiocéphalie ?

L'accompagnement parental — conseils de positionnement, stimulation de la rotation active, temps sur le ventre supervisé — figure parmi les composantes étudiées dans la prise en charge. Un professionnel de santé peut vous guider pour adapter ces exercices à votre enfant.

Sources

  1. Antares JB et al., 2025 — Efficacy of non-surgical, non-pharmacological treatments for congenital muscular torticollis — BMC Musculoskelet. Disord. — PMID 39979901
  2. Amendolara A et al., 2024 — Effectiveness of osteopathic craniosacral techniques: a meta-analysis — Front. Med. — PMID 39430589
  3. Genelot C et al., 2025 — Early osteopathic manipulative treatment to prevent cranial deformities — Arch. Pédiatr. — PMID 39875214
  4. Carnes D et al., 2018 — Manual therapy for unsettled, distressed and excessively crying infants — BMJ Open — PMID 29371279
  5. Sargent B et al., 2024 — Physical Therapy Management of Congenital Muscular Torticollis: CPG Update — Pediatr. Phys. Ther. — PMID 39356257
  6. Ellwood J et al., 2020 — Effectiveness and safety of conservative interventions for PP and CMT — Chiropr. Man. Ther. — PMID 32522230
  7. Pastor-Pons I et al., 2021 — Effectiveness of pediatric integrative manual therapy in cervical movement limitation — Ital. J. Pediatr. — PMID 33632268
  8. Bagagiolo D et al., 2022 — RCT of Osteopathic Manipulative Therapy for positional plagiocephaly — Am. J. Perinatol. — PMID 36451623
  9. Pastor-Pons I et al., 2021 — Efficacy of pediatric integrative manual therapy in positional plagiocephaly — Ital. J. Pediatr. — PMID 34090515
  10. Kaplan SL et al., 2018 — Physical Therapy Management of Congenital Muscular Torticollis: CPG — Pediatr. Phys. Ther. — PMID 30277962
  11. Panza R et al., 2024 — Positional plagiocephaly: results of the osteopathic treatment of 424 infants — Ital. J. Pediatr. — PMID 39243064